samedi 27 septembre 2008

Ecoutez moi!

Un cours à la Jamia Millia Islamia. Que du bonheur…



8h45 :
Ce matin comme tous les prochains matins de cette année, j’ai cours. «Print journalism » annonce l’emploi du temps. J’ai séché la première leçon et j’hésite à réitérer le forfait. « Allons Vincent, pas de mauvais esprit. Les étudiants t’ont dit que le prof était un journaliste réputé. Et puis ils ont de si bons samosas à la cafet ! »

9h45 :
J’arrive en retard pour faire indien. Au milieu des étudiants au grand complet trône un gros crapaud aux yeux globuleux. Surprise : son costar grande classe habille une paire de vieilles reebooks noires pure style barbès.
C’est du plus bel effet ! Intrigué par le phénomène, je m’installe, avide d’éclaircissements. Le crapaud est en pleine démonstration et le tableau blanc est noir de schémas. Il est question du Kerala, « état indien le plus densément peuplé ».
“_But Sir, I have been taught it was UP!
_Obviously not Sir, it is Bengal”
Ils sont en forme…

10h20:
Un vibrant « Listen to me ! » sonne la fin des hostilités. La question est réglée. C’est bien le Kerala. Le crapaud a un petit sourire aux lèvres. Napoléon au soir d’ Austerlitz.
Les regards se concentrent sur le tableau. Sir y a représenté une sorte de bureau géant avec des centaines de tiroirs. « Mais qu’est ce, Sir ?!!! »

10h 40 :
Sous la menace d’une explosion, notre crapaud crève la monstrueuse bulle de vingt minutes de suspens. Il semblerait que le gribouillis soit un monument aux morts de chrétiens kéralites. La surpopulation des cimetières est à l’origine de ce modèle de rationalité funéraire : un grand cube géométriquement découpé en tiroirs familiales. A chaque mort son conduit mortuaire. Un bon coup de truelle sur l’embouchure du caveau vient sceller ces enterrements bureaucratiques.
« _mais alors Sir ils ont donc des échelles ? »
_Et puis Sir comment ça tient quand on ouvre les tiroirs ?
_Sir, Sir combien de tiroirs en moyenne ? »
Le crapaud vacille sous le choc. L’offensive est rude mais de nouveau le vieux bougre riposte : « LISTEN TO ME ! »

11h05 : La bataille s’annonce longue et sanglante. Les deux camps sont particulièrement virulents. Sir est touché mais ne semble pas vouloir lâcher le morceau. Devant tant de rebondissements, je suis en nage, j’halète, je n’en puis plus ! Je n’avais pas autant transpiré depuis le dernier criket round Delhi/Mumbai.

11H15 : Un chotu (serviteur ) entre pour passer le balai. Personne ne bronche, tout va bien dans le meilleur des mondes.

11h20 : Retournement de situation: « Listen to me! There is a hole behind the cube ». Sacré crapaud ! Tu cachais bien ton jeu va ! La classe est paralysée. Sir en globule des yeux de contentement : quand un nouveau décès survient dans la famille, on descelle le tiroir, on pousse les restes du vieil Alfred dans le trou de l’autre côté et on installe confortablement le petit jeunot. Silence. La victoire par KO semble acquise pour crapaud.
« _Mais Sir, quelle différence avec la crémation alors ? »
OH OUIIII ! Quel coup mes amis, quel coup !

La suite est fastidieuse mais soyez certain qu’elle ne manquait pas de piquant. Le contenu non plus : avant la fin de la journée, j’aurais entre autre appris du crapaud que « the difference between narration and description is that LISTEN TO ME ! narration is narrative and description is descriptive » et que « you will all soon become extravert because a journalist has to be extravert. Be sure I will force you ! LISTEN TO ME!”

Qui a dit stage ?

Pour ceux qui veulent le dessin du cimetière, me contacter.
Ce billet a été initialement publié pour Diaspipora.


Une scène courante : remplissage de formulaires administratifs sous l'oeil attentif du prof (assis au premier plan.

1 commentaire:

Adrien. a dit…

Vincent !

Merci pour ce blog. Tu es désormais obligé de le tenir à jour, d'autant que, vu comme je me suis marré en lisant ces articles, t'as intérêt à en refaire d'autres !